LA CHARTE DE KOUROUKAN FOUGA

Article : LA CHARTE DE KOUROUKAN FOUGA
16 mai 2011

LA CHARTE DE KOUROUKAN FOUGA

Le nom de votre blog, c’est ‘’sur les trace de l’empire du Mali’’. Mais savez-vous réellement ce que c’est que ce grand empire? Connaissez- vous la charte de KOUROUKAN FOUGA ? Dans l’espoir de me pencher sur la premier questionnement dans un prochain billet, je m’attèle au second tout de suite.

Faites ample connaissance avec ce que l’on peut, à juste titre, qualifier de l’un des pans les plus importants de l’histoire, combien riche, de l’actuelle République du Mali et présenté aussi comme la première « Constitution » connue en Afrique voire au monde :

Les représentants du mandé primitif et leurs alliés, réunis en 1236 à Kouroukan Fouga (actuel cercle de Kangaba en République du Mali) après l’historique bataille de Kirina ont adopté la charte suivante pour régir la vie du grand ensemble mandingue.

I – DE L’ORGANISATION SOCIALE:

Article 1er: La société du grand mandé est divisée en seize (16) porteurs de
carquois, cinq (5) classes de marabouts, quatre classes (4) de
nyamakalas. Chacun de ces groupes a une activité et un rôle
spécifiques.

Article 2: Les nyamakalas se doivent de dire la vérité aux Chefs, d’être leurs
conseillers et de défendre par le verbe les règles établies et l’ordre sur
l’ensemble du royaume.

Article 3: Les morikanda Lolu (les cinq classes de marabouts) sont nos maîtres
et nos éducateurs en islam. Tout le monde leur doit respect et
considération.

Article 4: La société est divisée en classes d’âge. A la tête de chacune d’elles est
élu un chef. Sont de la même classe d’âge les personnes (hommes ou
femmes) nées au cours d’une période de trois années consécutives.

Les Kangbès (classe intermédiaire entre les jeunes et les vieux) doivent être conviés pour participer à la prise des grandes décisions concernant la société.

Article 5: Chacun a le droit à la vie et à la préservation de son intégrité
physique. En conséquence, toute tentation d’enlever la vie à son
prochain est punie de la peine de mort.

Article 6: Pour gagner la bataille de la prospérité, il est institué le Kön¨gbèn
Wölö (un mode de surveillance) pour lutter contre la paresse et
l’oisiveté.

Article 7: Il est institué entre les mandenkas le sanankunya (cousinage à
plaisanterie) et le tanamanyöya (forme de totémisme). En
conséquence, aucun différent né entre ces groupes ne doit dégénérer,
le respect de l’autre étant la règle.

Entre beaux-frères et belles-sœurs, entre grands parents et petits-enfants, tolérance et le chahut doivent être le principe.

Article 8: La famille KEITA est désignée famille régnante sur l’empire.

Article 9: L’éducation des enfants incombe à l’ensemble de la société. La
puissance paternelle appartient en conséquence à tous.

Article 10: Adressons-nous mutuellement les condoléances.

Article 11: Quand votre femme ou votre enfant fuit, ne le poursuivez pas chez le
voisin.

Article 12 : La succession étant patrilinéaire, ne donnez jamais le pouvoir à un
fils tant qu’un seul de ses pères vit.

Ne donnez jamais le pouvoir à un mineur parce qu’il possède des liens.

Article 13: N’offensez jamais les nyaras.

Article 14: N’offensez jamais les femmes, nos mères.

Article 15: Ne portez jamais la main sur une femme mariée avant d’avoir fait
intervenir sans succès son mari.

Article 16: Les femmes, en plus de leurs occupations quotidiennes doivent être
associées à tous nos Gouvernements.

Article 17: Les mensonges qui ont vécu 40 ans doivent être considérés comme
des vérités.

Article 18: Respectons le droit d’aînesse.

Article 19: Tout homme a deux beaux-parents: Les parents de la fille que l’on
n’a pas eue et la parole qu’on a prononcé sans contrainte aucune. On
leur doit respect et considération.

Article 20: Ne maltraite, pas les esclaves, accordez leur un jour de repos par
semaine et faites en sorte qu’ils cessent le travail à des heures
raisonnables. On est maître de l’esclave et non du sac qu’il porte.

Article 21: Ne poursuivez pas de vos assiduités les épouses: du Chef, du voisin,
du marabout du féticheur, de l’ami et de l’associé.

Article 22: La vanité est le signe de la faiblesse et l’humilité le signe de la
grandeur.

Article 23: Ne vous trahissez jamais entre vous. Respectez la parole d’honneur.

Article 24: Ne faites jamais du tort au étrangers.

Article 25: Le chargé de mission ne risque rien au Mandé.

Article 26: Le taureau confié ne doit pas diriger le parc.

Article 27: La jeune fille peut être donnée en mariage dès qu’elle est pubère sans
détermination d’âge. Le choix de ses parents doit être suivi quelques
soit le nombre des candidats.

Article 28: Le jeune homme peut se marier à partir de 20 ans.

Article 29: La dote est fixée à 3 bovins: un pour la fille, deux pour ses père et
mère.

Article 30: Venons en aide à ceux qui en ont besoin.

II – DES BIENS:

Article 31: Il y a cinq façons d’acquérir la propriété: l’achat, la donation,
l’échange, le travail et la succession. Toute autre forme sans
témoignage probant est équivoque.

Article 32: Tout objet trouvé sans propriétaire connu ne devient propriété
commune qu’au bout de quatre ans.

Article 33: La quatrième mise-bas d’une génisse confiée est la propriété du
gardien.

Article 34: Un bovin doit être échangé contre quatre moutons ou quatre chèvres.

Article 35: Un œuf sur quatre est la propriété du gardien de la poule pondeuse.

Article 36: Assouvir sa faim n’est pas du vol si on n’emporte rien dans son sac
ou sa poche.

III – DE LA PRESERVATION DE LA NATURE:

Article 37: Fakombè est désigné Chef des chasseurs. Il est chargé de préserver la
brousse et ses habitants pour le bonheur de tous.

Article 38: Avant de mettre le feu à la brousse, ne regardez pas à terre, levez la
tête en direction de la cime des arbres.

Article 39: Les animaux domestiques doivent être attachés au moment des
cultures et libérés après les récoltes. Le chien, le chat, le canard et la
volaille ne sont pas soumis à cette mesure.

III – DISPOSITIONS FINALES:

Article 40: Respectez la parenté, le mariage et le voisinage.

Article 41: Tuez votre ennemi, ne l’humiliez pas.

Article 42: Dans les grandes assemblées, contentez vous de vos légitimes
représentants et tolérez-vous les uns les autres.

Article 43: Balla Fassèkè KOUYATE est désigné grand Chef des cérémonies et
médiateur principal du mandé. Il est autorisé à plaisanter avec toutes
les tribus en priorité avec la famille royale.

Article 44: Tous ceux qui enfreindront à ces règles seront punis. Chacun est
chargé de veiller à leur application.

Partagez

Commentaires

Doumbeneny jean steeve
Répondre

c'est là un témoignage fort éloquent que la société africaine d'antan à toujours été régie par des lois et règlements qu'on doit réunir sous le terme générique de "Démocratie".L'Afrique connait donc la Démocratie depuis des siècles contrairement au idées reçues,elle y a été expérimentée.

renaudoss
Répondre

Cette histoire m'a toujours passionné... Une témoignage parlant de la grandeur, la richesse et la complexité de l'Histoire de l'Afrique, surtout avant l'holocauste.
Il serait grand temps que nous tordions le cou à ces idées reçues et à ces bêtises qui feraient de l'Afrique une terre sans histoire, dans la nuit noir de la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes actions, comme dirait l'autre imbécile inculte